
Conférence de Géraldine Lefebvre – directrice du MuMa
Géraldine Lefebvre, directrice du MuMa, interviendra durant le festival autour de l'œuvre de Jean Francis Auburtin. Fasciné par les fonds marins et les paysages côtiers, Auburtin a développé une vision singulière de la mer, entre observation naturaliste et symbolisme, qui entre en résonance directe avec le patrimoine maritime havrais.
Dates et Horaires
Mercredi 07 Octobre, 18:45 à 19:15
Adresse
Quai de Marseille, Bassin de l’Eure
Le Fond de la mer constitue l'une des premières grandes commandes publiques de Jean-Francis Auburtin (1866-1930) et une œuvre majeure de sa carrière de décorateur. En 1897, l'architecte de la Nouvelle Sorbonne, Henri-Paul Nénot, confie à Auburtin la réalisation d'un vaste panneau destiné à l'amphithéâtre de zoologie, alors appelé amphithéâtre Milne-Edwards. Cette commande s'inscrit dans le vaste programme décoratif de la Sorbonne, où chaque amphithéâtre recevait un décor en lien avec la discipline enseignée.
Réalisé entre 1897 et 1898, Le Fond de la mer est un immense paysage sous-marin destiné à servir de toile de fond à l'enseignement de la zoologie. L'œuvre représente un univers marin foisonnant de plantes aquatiques, de coquillages, de poissons et d'organismes sous-marins observés avec une certaine rigueur scientifique mais transposés dans un langage décoratif symboliste. L'artiste s'était préparé à cette commande en étudiant la faune et la flore marines dans les stations biologiques et aquariums de Roscoff et de Banyuls-sur-Mer, d'où il rapporta de nombreux dessins préparatoires. Le décor témoigne de l'intérêt de la fin du XIXᵉ siècle pour les sciences naturelles, l'océanographie et les découvertes des mondes sous-marins. Auburtin propose toutefois une vision poétique plutôt qu'un relevé scientifique strict. L'œuvre révèle également l'influence de Pierre Puvis de Chavannes, dont il admirait les grands décors monumentaux.
Le décor resta en place dans l'amphithéâtre pendant près de soixante-dix ans, jusqu'à son dépôt en 1968. Malheureusement, l'œuvre a ensuite été largement dispersée ou détruite. Selon les recherches récentes menées à la Sorbonne, un unique fragment subsisterait aujourd'hui dans les réserves municipales d'Ivry, tandis que le reste du décor est considéré comme disparuet ne subsiste que par les aquarelles préparatoires. Des photographies anciennes réalisées par les frères Moreau permettent néanmoins de connaître son aspect général. Cette commande marque le début de la réputation d'Auburtin comme grand décorateur de la IIIᵉ République. Elle précède ses interventions pour le Palais Longchamp à Marseille et plus tard pour le Conseil d'État.
Plusieurs historiens considèrent Le Fond de la mer comme l'acte fondateur de son imaginaire marin, qui nourrira ensuite ses grandes compositions de rivages, de nymphes et de paysages méditerranéens ou normands. Il s’agit d’une des premières tentatives monumentales de représentation artistique du monde sous-marin à une époque où celui-ci demeurait largement invisible au grand public. Auburtin s'appuie directement sur les avancées de la biologie marine et de l'océanographie naissantes pour construire un décor qui conjugue savoir scientifique, ambition pédagogique et poésie symboliste.
Géraldine Lefebvre
Diplômée de l’École du Louvre, Géraldine Lefebvre débute sa carrière au MuMa en tant qu’attachée de conservation du patrimoine et directrice adjointe entre 2004 et 2015. Au cours de cette période, elle intervient sur des projets importants pour l’établissement comme la donation Senn-Foulds, l’exposition Pissarro dans les ports en 2013 à l’occasion de la 2e édition de Normandie Impressionniste et la préparation de l’exposition Eugène Boudin, l’atelier de la lumière. Géraldine Lefebvre poursuit sa carrière au sein des Musées d’art et d’histoire de la Ville du Havre. En 2018, elle soutient une thèse sur Le Cercle de l’art moderne du Havre (*) à l’Université de Paris-Nanterre, sujet qui fît l’objet d’une exposition éponyme au Musée du Luxembourg à Paris en 2012-2013, et devient docteur en histoire de l’art. Elle demande alors une disponibilité afin de mener plusieurs projets d’expositions et de publications. Trois d’entre eux sont particulièrement marquants pour sa carrière dont Monet-Auburtin, l’exposition-anniversaire des 10 ans du Musée des impressionnismes de Giverny. En 2020, elle réalise le Catalogue raisonné des pastels de Claude Monet en collaboration avec le Wildenstein Plattner Institute. Puis en 2023, elle présente l’exposition Léon Monet, frère de l’artiste et collectionneur, au Musée du Luxembourg, à Paris. Désormais à la tête du MuMa, Géraldine Lefebvre aura la charge de construire le nouveau projet scientifique et culturel de l’établissement.
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